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Monographie des Instituteurs

Voici la monographie des instituteurs rédigée par Monsieur Simon, Instituteur en 1899.

I. PARTIE GEOGRAPHIQUE

 

§ 1. Situation

Livilliers est situé sur un plateau à 7 kilomètres nord de Pontoise, son chef-lieu d’arrondissement, 11 kilomètres OSO de L’Isle-Adam, son chef-lieu de canton et 41 kilomètres de Versailles, son chef-lieu de département. Il se trouve par conséquent au NO de Paris.

Communes limitrophes :                Nord            : Epiais-Rhus et Vallangoujard,

                                       Sud             : Ennery,
                                               Est              : Hérouville,
                                               Ouest          : Genicourt.

Population : 211 habitants (Recensement de 1896)

 

Etendue : 648 hectares se décomposant comme suit :

    1°            terres labourables                   : 568 ha
     2°            prés et herbages                    :  10 ha
     3°            vignes                                  : -
     4°            bois                                     :  45 ha
     5°            cultures diverses                    :  12 ha
     6°            superficie occupée par les
                    constructions et les jardins       :   13 ha
    total                                                     : 648 Hectares

Altitude : 107 mètres

Nature du sol : argile, calcaire

Climat : tempéré

Relief : une gorge qui sépare Livilliers de Génicourt

Hydrographie : néant

Voies de communication : Livilliers ne possède ni chemin de fer, ni grande route, ni chemin de grande communication. Il est relié aux communes voisines par 5 chemins vicinaux.

Particularités de la flore et de la faune : néant

 

§ 2. Etat de la propriété - Principales cultures

Elevage du bétail : chevaux, boeufs, vaches, moutons, volailles, gibier, oiseaux, insectes.

La propriété est morcelée ; les principales cultures sont celles des céréales proprement dites : blé, orge, avoine, des betteraves fourragères et industrielles, des plantes fourragères : sainfoin, luzerne, trèfle, vesce, des pois pour les conserves alimentaires, des haricots et des pommes de terre. Ces trois dernières cultures n’occupent qu’un espace relativement restreint. Les fermes nourrissent beaucoup de vaches laitières (150 environ pour tout le village) et le lait ramassé deux fois par jour par la "Société des Fermiers Réunis" est dirigé sur Paris. Les moutons (2 troupeaux) alimentent , partiellement bien entendu, les boucheries de Méry-sur-Oise, Saint-Ouen l’Aumône et Pontoise. Les volailles et les oeufs sont vendus, le samedi, au marché de Pontoise. Rien à signaler en ce qui concerne les oiseaux et les insectes : les oiseaux, hirondelles, mésanges, pinsons, fauvettes, rossignols abondent comme partout ; ils sont d’ailleurs protégés. Quant aux insectes, il n’y a que le ver-blanc qui commet toujours beaucoup de dégâts et la chématobie qui s’attaque aux feuilles des arbres fruitiers des jardins, pruniers et cerisiers principalement.

L’apiculture tend à se développer ; on emploie toujours les anciennes ruches coniques en paille. Un seul apiculteur emploie des ruches système Layens et obtient de meilleurs résultats.

Comme animaux nuisibles, on rencontre quelquefois des fourmis, des renards, des belettes et des blaireaux.

Industrie : aucune industrie, à moins qu’on veuille bien considérer comme industrie une petite scierie à vapeur installée chez un charpentier.

Il y a comme dans les plus petites communes un maréchal ferrant et un entrepreneur de maçonnerie.

Commerce : Un épicier c’est la moindre des choses et 2 cabaretiers, voilà à quoi se réduit tout le commerce de Livilliers ; il est par conséquent presque nul.

 

Les produits agricoles assez importants ; parce qu’on est arrivé à faire produire le maximum à la terre par une culture bien entendue et par l’emploi rationnel des engrais chimiques, les produits agricoles, disons-nous, sont dirigés sur Pontoise et la vallée de la seine : St-Germain, Argenteuil et Paris.

 

 

II. ESQUISSE HISTORIQUE

 

Livilliers que l’on trouve écrit Lhivilliers dans les actes des XVIIè et XVIIIè siècles s’écrit Linvilliers (Linvillerium) dans les actes du moyen-âge.

Quelques habitants de Livilliers disent "Nivilé" ou "Nivilliers".

Livilliers est un village de 211 habitants.

Nous avons entendu dire aux gens du pays qu’autrefois Livilliers avait été une ville fortifiée, rien ne le prouve aujourd’hui, rien cependant ne s’oppose à ce que l’on puisse admettre que ce village ait été à une époque reculée une petite cité munie de remparts ; sa situation sur un plateau qui domine une gorge pouvant livrer passage à une armée, permet de donner quelque créance à l’opinion qui suppose que les Romains avaient fait de cet endroit une position pour surveiller la vallée qui conduit de l’Oise à Paris.

Dans la gorge étroite qui sépare Livilliers de Génicourt, il y a un lieu-dit "Le Clos de Rome", ce nom serait-il un souvenir vague et éloigné de quelque cohorte romaine ou peut-être la tradition de quelque redevance envers la cour de Rome.

Nous avons dit que Livilliers s’écrivait au moyen-âge Linvillerium que l’on peut traduire par Linivillerium, village du lin, car on y a cultivé beaucoup de lin et cette culture était assez étendue il y a 40 ans.

On connaît peu de seigneurs de Livilliers :

             Payen de Gisors au commencement du XIIème siècle,

             Charpentier, seigneur d’Ennery 1580,

             Nicolas de Boulainvilliers, chevalier.

Depuis 1757 jusqu’en 1789, la terre de Livilliers appartenait en grande partie aux "de Gouy d’Arsy" seigneurs de Marines.

Livilliers ne présente plus rien de remarquable, son ancien château existe encore, mais à peine sous son enveloppe de ferme conserve-t-il quelque reflet de son ancienne grandeur. Le corps de bâtiment était du reste très petit et présente encore avec la porte d’entrée quelque chose de seigneurial (si l’on y regarde de près). La ferme seigneuriale située à droite était, dit-on, tout à fait princière et l’on peut s’en convaincre en réunissant, par la pensée, tous ses membres épars qui s’étendent sur une grande partie de la rue qui va de l’église à la mare des Torés.

 

Cette ferme a subi son dernier démembrement en 1857 à la mort de Monsieur Léchauguette, maire de Livilliers, dernier possesseur de l’ombre de l’ancienne ferme seigneuriale.

Quatre familles habitent aujourd’hui la cour de la ferme ; l’antique et traditionnel colombier lui-même a disparu.

L’Ecole et la Mairie réunies construitent en 1850 et le presbytère sont les seules maisons remarquables de Livilliers.

Livilliers n’a et ne parait jamais avoir eu de hameau dans sa circonscription territoriale qui du reste est assez restreinte. La partie construite a été toutefois plus étendue, car avec la charrue on met encore à découvert dans les champs du "Moulin" des fondations d’anciennes constructions.

Le caractère général des habitants est une très grande douceur de moeurs. Il est à remarquer que l’on voit rarement de disputes et presque jamais de rixes, si l’on en excepte quelques altercations, suite du séjour trop prolongé de quelques ouvriers dans les deux seuls cabarets du village.

En 1423 pendant les guerres de Charles VII contre les Anglais, le duc d’Yorck commandant les troupes de Henry VI d’Angleterre, campa dans les plaines d’Hérouville et d’Ennery et par conséquent de Livilliers, mais il n’y eut pas de bataille en cet endroit.

 

 

                                      L’EGLISE

 

 

L’existence de Livilliers comme village ne nous est révélée par aucun fait historique antérieur au XIIème siècle bien qu’il existait incontestablement longtemps avant.

Le style architectorique de l’Eglise dénote, si nous ne nous trompons pas la fin du XIème siècle ou le commencement du XIIème siècle. Le choeur, la nef et les chapelles sont de cette époque. Il y a dans l’église une particularité peu gracieuse mais qui n’en demande pas moins à être remarquée : ce sont les énormes contreforts intérieurs qui en la consolidant défigurent affreusement les bas côtés.

En examinant les voûtes, on voit qu’il y a eu à une certaine époque une poussée considérable dans la nef et que pour éviter la destruction d’une grande partie de l’église on a dû avoir recours à ce moyen nécessaire.

Le porche mérite une mention spéciale.

Ce porche latéral, tourné du côté du nord est construit dans le style de la belle renaissance de François Ier. A l’extérieur, colonnes corinthiennes, triglyphes et astragales, vases à guirlandes, niches pour statuettes. A l’intérieur, la voûte est ornée de caissons fort délicatement sculptés et une niche où l’on voit encore une statue en bois de la Vierge.

Quant au "clocher" le plus aigu de tous les environs, il n’est nullement en rapport avec le genre de l’église ; il est probable que le clocher primitif était en pierre et que menaçant ruine il a été remplacé par la flèche d’ardoise que l’on voit aujourd’hui.

C’est absolument tout ce que l’on peut dire au point de vue historique sur Livilliers.

 

Ce village dépourvu de tout moyen de communication rapide, à 7 kilomètres de toute gare de chemin de fer, n’est pas appelé à se développer. Il restera donc maintenant forcément stationnaire après avoir beaucoup diminué en population. Nous disons qu’il sera stationnaire parce que le numérique de la population actuelle est indispensable à l’agriculture. Encore fait-on appel aux ouvriers du Nord à l’époque des binages de betteraves et des travaux de la moisson.

 

Depuis 20 ans, la population indigène a en partie émigré pour se placer ailleurs soit dans l’industrie, soit dans le commerce et a été remplacée par des habitants du nord de la France.

 

 

III. INSTRUCTION PUBLIQUE

 

 

Avant 1789, l’instruction était donnée par des clercs qui faisaient lire les enfants dans l’évangile et leur apprenaient le catéchisme, puis ensuite par des maîtres d’école. Le programme exclusivement religieux était alors un peu plus chargé : les enfants lisaient dans une histoire sainte, dans l’évangile et le catéchisme.

L’école, aujourd’hui complètement rasée, était attenante à l’église ; elle était composée de trois pièces : une salle de classe, une cuisine et une chambre. La salle de classe très étroite était éclairée par une seule fenêtre ; le sol ou plancher était formé de terre battu, le plafond de solives mal jointes comme on en voit encore dans les vieilles masures. Les enfants s’asseyaient sur des bancs ou s’entassaient par terre. D’ailleurs, le maître d’école était plutôt un homme d’église qu’un instituteur : il était nommé par le curé et devait sonner les cloches, balayer l’église, chanter au lutrin, aider Monsieur le Curé à s’habiller et à se déshabiller dans la sacristie, allumer et éteindre les cierges.

On observait scrupuleusement à Livilliers la circulaire du 15 mars 1816 disant que "l’instruction primaire avait surtout pour objet de renforcer l’instruction religieuse et d’imprimer dans le coeur des jeunes gens d’une manière durable le sentiment de leurs devoirs envers Dieu et le roi".

En 1834, l’école fut déplacée et installée dans un local annexé au presbytère. La salle de classe était plus vaste, mieux éclairée, carrelée et le plafond plus élevé. Au-dessus se trouvait la chambre du maître puis la cuisine se trouvait dans un local séparé. Ces deux locaux existent encore et servent de clapier, poulailler et buanderie au presbytère.

L’enseignement devient plus complet à partir de 1834 : à l’instruction religieuse, on ajoute l’écriture, un peu d’orthographe et de calcul.

L’instituteur est non plus nommé par le Curé, mais par le Conseil Municipal après avis du Maire et du curé. L’influence de ce dernier est toujours prépondérante et l’instituteur qui avait une belle voix et savait bien son catéchisme était préféré à un autre qui avait des connaissances plus étendues en orthographe, en arithmétique, en histoire ou en géographie mais dont la voix était faible ou fausse.

Voici le texte d’une de ces nominations. Toutes celles qui ont été faites ensuite jusqu’en 1862 sont exactement semblables.

 

        Nomination de M.Thierry (7 mars 1825) :

"Le Conseil Municipal de la commune de Livilliers, réuni extraordinairement sous la présidence de Monsieur le Maire, au nombre de sept, et les principaux habitants de la commune, avons, d’après le décès de Monsieur Poisson, instituteur, avons nommé pour remplacer les fonctions d’instituteur primaire de cette commune la personne de François- Alexandre Thierry et lui accordons :

Primo, pour son traitement la somme de Cent francs et il recevra, en outre, quarante francs pour l’entretien des horloges. De plus, pour les enfants qui fréquenteront les petites écoles :
Primo. Pour ceux qui commencent à lire dans l’alphabet : cinquante centimes.
Secundo. Pour ceux qui liront dans l’ancien testament : soixante-quinze centimes.
Tertio. Et pour ceux qui écriront et calculeront : un franc.
Pour son logement, il aura la maison appartenant à la commune. Fait et arrêté à la commune de Livilliers le sept mars mil huit cent vingt cinq."

Suivent les signatures des onze personnes présentes.

 

L’enseignement ne prend réellement son essor qu’en 1844 avec Monsieur Ollivet. Depuis les progrès ont été sans cesse en augmentant et les instituteurs qui se sont succédé ont la plupart été bien vus par la population ; ils ont tous accompli consciencieusement leur tâche et laissé de bons souvenirs.

Leur zèle parfois était raillé par quelques grincheux intéressés à ce que le peuple fût toujours ignorant. "C’est bon, c’est bon, disait un maire aujourd’hui décédé, il ne faut pas trop les instruire, c’est toujours assez bons pour faire des charretiers". Ces paroles nous ont maintes fois été rapportées. Malgré cette obstruction, le courant était pris et plusieurs de ces "charretiers" sont maintenant de petits propriétaires, de forts bons cultivateurs et occupent même les fonctions municipales avec avantage sur leurs prédécesseurs.

Nous avons plaisir à entendre encore parler avec beaucoup de sympathie de Monsieur Duval, récemment décédé à Montmorency, de Monsieur Baillet instituteur retraité à Grisy-les-Plâtres, de Monsieur Gourlay actuellement instituteur à Vémars et de Monsieur Lignez, instituteur à Sarcelles, notre prédécesseur immédiat.

 

Ce n’est que sous Monsieur Lignez que l’école a commencé à présenter des élèves à l’examen du certificat d’études primaires (1889) et depuis lors elle a obtenu 23 succès. Ce n’est certes pas là un nombre bien considérable, mais il faut considérer que l’effectif scolaire est seulement de 30 élèves en moyenne.

Nous avons oublié de dire que l’école d’aujourd’hui est bien située et convenable, la salle est assez grande, bien aérée, parquetée, le logement particulier de l’instituteur suffisant et bien distribué, indépendant de tout voisinage, le jardin de l’école assez étendu, entouré de murs et bien planté.

Cette école a été construite en 1852 par une dame généreuse, Madame Hamot de Gérocourt, commune de Génicourt. Cette dame a fourni le terrain et payé entièrement la construction laquelle s’est élevée à 12.000 F., puis elle a cédé le tout à la commune pour 5.000 F. seulement, à condition que l’ancienne école serait mise à l’entière disposition du curé.

Cette dame avait déjà, en 1848, légué une rente de 100 F. à l’instituteur pour que celui-ci tienne l’église et la sacristie dans un état de propreté convenable. Tous les instituteurs qui se sont succédé de 1848 à 1887 ont bénéficié de cette rente, et ont, par conséquent, rempli exactement l’obligation imposée par le testament. Notre prédécesseur et nous-même avons pensé que telle n’était pas notre mission de balayer et d’épousseter l’église et la sacristie, que nous avions autre chose à faire, et pour d’autres motifs inutiles à développer ici, nous avons abandonné purement et simplement la rente, en ce qui nous concerne bien entendu, sans engager en quoi que ce soit nos successeurs.

Notre rôle est devenu très important et surtout très lourd. Nos programmes ont été entièrement bouleversés. Aux matières principales enseignées avant 1882, c’est-à-dire à l’orthographe, à l’Arithmétique, à l’Histoire et à la Géographie sont venus s’ajouter l’instruction morale et civique, les Sciences physiques et naturelles, la géométrie, le dessin, la musique, etc. Toutes ces matières, nous les enseignons consciencieusement, c’est dire que nous n’avons pas de temps à perdre. Tout notre enseignement converge vers un but, celui de former de bonnes mères de famille, de former surtout des hommes instruits, des patriotes convaincus, pénétrés de leurs droits, mais aussi de leurs devoirs, et notre tâche sera remplie si nous pouvons participer, dans la mesure de notre modeste sphère, à la grandeur de la "Patrie" et de la "République".

 

      Fait à Livilliers, le 15 septembre 1899 par l’Instituteur soussigné.
                                                                                     
                                        Simon


                 

    

         Tableau des Instituteurs qui se sont succédés

                        depuis 1681 jusqu’à 1899

 

N° d’ordre

Noms

Prénoms

Années

1

Aubry

Jean, élève

1681-1697

2

Potinier

Jean, élève

1697-1699

3

Séguin

Michel

1699-1704

4

Vaillant

Michel

1704-1720

5

Piédeleu

Michel

1720-1747

6

Vaillant

Alexis

1747-1749

7

Postolle

Jacques, maître d’école

1749-1750

8

Vaillant

Alexis

1750-1761

9

Deshayes

Romain

1761-1766

10

Boutault

Charles

1766-1771

11

Gerbe

François

1771-1775

12

Deligny

Hilaire Chrisostome

1775-1776

13

Beaude

Jean-François

1776-1779

14

Leutrou

Jean-François

1779-1782

15

Poisson

Pierre

1782-1825

16

Thierry

Jean, Alexandre

1825-1831

17

Noël

François, Augustin

1831-1835

18

Caillez

Auguste

1835-1836

19

Cortin

Charles

1836-1840

20

Drouillaux

Clovis, Désiré

1840-1844

21

Joubert

Louis, Stanislas

1844-1844

22

Ollivet

Jean, Michel, Célestin

1844-1857

23

Duval

Aimable

1857-1862

24

Baillet

Félix, Denis

1862-1877

25

Gourlay

Louis, Alfred

1877-1880

26

Tourneur

François, Désiré

1880-1887

27

Lignez

Arcade, Edouard, Silas

1887-1895

28

Simon

Louis-Anatole

1895-instituteur actuel



                                     

 

        Le présent tableau a été dressé par l’instituteur soussigné,
                        A Livilliers, le 15 septembre 1899

 

                                                   Simon



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